Une histoire à lireFille de Philippe III d’Espagne, épouse de Louis XIII, elle s’opposa à Richelieu. Louis XIII, par testament, l’avait instituée régente durant la minorité de Louis XIV, mais l’obligeait à prendre l’avis d’un Conseil. Comme Marie de Médicis, elle fit casser le testament par le Parlement, qui lui donna les pleins pouvoirs. Au grand désespoir des princes de sang, ennemis de Richelieu, elle confia le pouvoir à Mazarin.
Le cadeau de la petite Lavau
Tallemant de Réaux raconte qu’un jour la reine reçut en cadeau de sa tante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, une grande cage en osier recouverte d’un drap qu’elle ne devait pas enlever tout de suite. Elle contenait, avait déclaré le livreur, un extraordinaire perroquet parlant cinq langues. De fait, une voix cachée salua la reine en espagnol, italien, français, anglais et hollandais. Lorsque le drap fut retiré de la cage, l’assistance découvrit avec surprise une naine. La reine l’adopta immédiatement. La petite épousa un de ses laquais, nommé Lavau, ce qui lui valut le nom de « petite Lavau ». Anne d’Autriche, qui appréciait son intelligence et son dynamisme, la fit éduquer et la prit pour femme de chambre .
Délicate méticuleuse
Anne soignait son corps avec un souci de propreté assez étonnant pour l’époque. En outre, « elle était si délicate qu’elle ne pouvait supporter le contact du linge ordinaire avec sa peau : ses chemises et ses draps devaient être coupés dans la plus fine batiste et lavés dans plusieurs eaux afin d’être adoucis avant qu’elle pût s’en servir. »
Tumeur mammaire
La reine, dont la santé était ordinairement robuste, tomba subitement et gravement malade à Pâques 1663. Le diagnostic fut longtemps difficile à établir. Elle souffrait de fatigue dans un bras, de douleurs aux jambes, de nausées et surtout de fièvre. En mai 1664, elle commença à ressentir des maux au sein gauche et un cancer fut diagnostiqué (le terme était couramment utilisé au XVIIe siècle). Comme tous les traitements, saignées, purges, onguent à base de ciguë, s’avéraient vains, Seguin, son médecin personnel, lui conseilla d’essayer les remèdes d’un curé rebouteux d’Orléans. La base de ses recettes prétendument secrètes était une mixture de belladone et de lime brûlée, qui, selon lui, rendrait son sein malade dur comme le marbre, et lui permettrait de vivre comme si elle n’avait jamais eu de cancer .
Morte en martyre
Entrée au couvent du Val-de-Grâce depuis la prise de pouvoir de son fils, elle fut transportée au Louvre par ordre de la Faculté au printemps 1665, en raison de l’aggravation de sa maladie. Les médecins appliquèrent sur la tumeur de l’eau de chaux, ce qui rendit la patiente folle de douleur et incapable de dormir. Les chirurgiens tailladèrent deux fois par jour la plaie à coups de rasoir pour extraire des morceaux de chairs gangrenées. Pour estomper la puanteur de leur décomposition, elle agitait devant son visage un éventail de peau d’Espagne ou on lui attachait un sachet de senteur sous le nez. Malgré sa foi, elle cédait presque au désespoir. Mais lorsqu’une rémission passagère la rendait à elle-même, elle remerciait Dieu de l’avoir condamnée à pourrir avant sa mort. A l’archevêque d’Auch qui lui administrait l’extrême-onction, elle marmonna en suppliant : « Je souffre beaucoup, ne mourrais-je pas bientôt ? » Réponse du prélat : « Il ne faut pas être trop impatiente de mourir, Madame, et il faut souffrir autant que Dieu l’ordonne ». La martyre expira le 20 janvier 1666 .
Sang-froid de la duchesse de Rohan
Epouse en premières noces du duc de Luynes et en secondes du duc de Chevreuse, cette duchesse exerçait une grande influence sur Anne d’Autriche. Le complot auquel elle participa contre Richelieu aboutit, en 1626, à l’exécution de son amant, le comte de Chalais. Sa témérité se confirma un soir qu’elle revenait d’un bal en carrosse. Attaquée par des bandits, elle se défendit au mieux et serra dans sa main son collier de perles pour le protéger. Pour lui faire lâcher prise, un des brigands lui mit la main aux fesses. La victime s’exclama : « Ca au moins, vous ne l’emporterez pas, mais mes perles, vous les auriez emportées ! »